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Gustave
Être gay et créateur
BD/Dessins | Culture | Perso | 13.04.2015 - 18 h 11 | 0 COMMENTAIRES
Gustave fait son cinéma !

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j’ai plusieurs fois suggéré, et Jean Renoir l’a confirmé en utilisant certaines images de lui dans ses films (On purge bébé, La règle du jeu), que Gustave était un cinéaste avant même que le film celluloïd ne soit inventé ! Sa façon de cadrer au plus près de son sujet, de couper parfois un personnage pour dynamiser la composition, sont des « formes » que le cinéma mettra un peu de temps à faire siennes, mais qu’il ne lâchera plus. De même, son goût pour les mises en scènes, les micro-dramaturgies de ses tableaux, tout cela tend à le prédestiner pour le 7ème art.

caillebottecinéma1Au Fil de l’eau – Jean Renoir et Gustave.

caillebottecinéma2On purge bébé – Jean Renoir et Gustave. Ce ne sont pas les meilleurs photogrammes, mais les seuls disponibles. On y décèle un peu l’esprit de Gustave.

Oui mais, je vous l’avais annoncé au début de ce blog, la famille Caillebotte a la guigne pour ce qui est des rendez-vous avec l’Histoire : Gustave meurt un an tout juste avant la réalisation du premier film tourné : La sortie des usines Lumière. Toutes ses audaces plastiques qui auraient trouvé leur aboutissement avec une caméra, sont restées dans une remise du Petit-Gennevilliers, puis dans un grenier familial pendant des années, tandis que s’impressionnaient des kilomètres de pellicule. Il reste que l’on peut, à l’aide de ses toiles, construire les storyboards de ce qui aurait pu être le premier film à dramaturgie et mise en scène de l’histoire. Amusons-nous un peu…

Une rue de désir
Court-métrage de Gustave Caillebotte
Storyboard de l’auteur.

Scène 1 intérieur jour plan d’ensemble. Une femme de dos regarde à sa fenêtre. Un homme lit à ses côtés. La femme semble nerveuse.
457px-G._Caillebotte_-_Intérieur

Travelling avant jusqu’au personnage de l’immeuble en face. On entend la femme se retourner et ouvrir une porte.
amantfenetre

Scène 2 intérieur jour plan d’ensemble. Un jeune homme à sa fenêtre de dos, immobile. Il semble très accaparé par le spectacle de la rue.
CAILLEBOTTE000350

Travelling avant jusqu’à la femme dans la rue. Elle s’est retournée vers l’homme, puis a repris son chemin.
Caillebotte_-_Jeune_homme_à_la_fenetre-Detail-femme

Scène 3 extérieur jour. Pont de l’Europe, plan rapproché. Trois hommes de dos regardent les trains. Au loin, une locomotive siffle en crachant de la vapeur.
'On_the_Pont_de_l’Europe',_oil_on_canvas_painting_by_Gustave_Caillebotte,_1876-77,_Kimbell_Art_Museum

Scène 3 extérieur jour. Pont de l’Europe, plan général. Le trottoir du pont avec la structure métallique sur la droite. un peintre en bâtiment y est accoudé. Il regarde inquiet les trains. Une femme bien habillée et coquette marche au milieu. C’est la femme de la fenêtre. Un homme bourgeois très bien habillé la rejoint, fait quelques pas avec elle. Elle le regarde avec un air de séduction. Il sourit en répondant à son oeillade, puis la dépasse.
le-pont-de-l-europe

Raccord dans l’axe gros plan sur le bourgeois. Son regard est tout à coup attiré vers la droite. Étrange expression de surprise et de désir.
pont de l'E têtes

La caméra fait un panoramique en suivant son regard. Il se termine sur le peintre accoudé.
pont de l'E PEINTRE

Après être restée sur l’expression du peintre, le panoramique reprend en léger zoom sur les formes phalliques des locomotives.
ponts bites1

Plan rapproché sur le chien qui trotte sur le trottoir, en direction du peintre. La caméra le suit.

PONT-CHIEN

Elle remonte le long de la queue et s’arrête à la blouse du peintre, comme si on suivait le regard du bourgeois. D’un coup, le peintre se détourne et s’en va vers la Place de l’Europe. Le bourgeois hésite, regarde un temps vers les trains, puis se décide à le suivre.
ponts bites2

Scène 5 extérieur jour. Plan d’insert sur les pavés : il pleut.
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Plan général : la Place de l’Europe, ses promeneurs aux parapluies.

Rue_de_Paris__Wet_Weather_(Caillebotte)

Gros plan sur le bourgeois : il cherche le peintre qu’il a perdu.
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Série d’inserts très court de chacun des passants aux parapluies. La caméra s’attarde sur le premier : c’est un couple d’hommes.
Ville_Couple1

Ville_Couple2

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La caméra devient subjective pour épouser le regard du bourgeois. Il dévisage le couple qui s’avance vers lui mais qui regarde de l’autre côté, puis un zoom rapide nous fait apercevoir le peintre derrière eux. Muni d’une échelle, celui-ci presse le pas.
regard Rue_de_Paris__Wet_Weather_(Caillebotte)

Ville_Couple4b

Toujours caméra subjective. Le couple manque de rentrer dans le bourgeois. Après s’être dégagé, ce dernier s’engage dans la rue de Lisbonne.
peintre-rue copie

Enfin, il retrouve son peintre affairé. Il s’arrête.
GC04

Il le détaille avec désir.
peintre détail

La caméra suit le regard du peintre, vers le haut de la façade.
peintre détail2

Elle zoome vers les jambes du peintre en hauteur : le bourgeois se persuade que c’est ce qui fascine le peintre. il s’en félicite : il y a peut-être une possibilité d’aventure avec cet homme qui l’obsède de plus en plus, au cours de sa poursuite dans cette enfilade de rues.

peintre détail3

Pour ce « court métrage », n’ont été utilisées que les toiles des années 1876-77. Elles décrivent des scènes qui se situent en enfilade : on aperçoit dans chaque toile, la rue qui sert de décor à la suivante. Comme un chemin continu d’un tableau à l’autre. Les personnages y sont aussi récurrents. Du reste, dans l’œuvre de Gustave, il y a, comme pour les cinéastes, des acteurs fétiches :
regard café1880_portrait_homme_fenetrejab15_caillebotte_001fbisregard Rue_de_Paris__Wet_Weather_(Caillebotte)
Cet homme inconnu que l’on retrouve régulièrement, devient une « figure » gustavienne, comme un Jean-Pierre Léaud pour François Trufaut.

Ah ! Que Gustave n’a-t-il pas vécu assez longtemps pour nous offrir les premiers chefs-d’œuvre du 7ème art !